Les virus sont des micro-organismes infectieux beaucoup plus petits que les bactéries. Contrairement aux bactéries, ils sont incapables de se reproduire seuls. Pour y parvenir, ils ont besoin de "squatter" les cellules d’autres êtres vivants, plantes ou animaux.
Comment ça se passe ? Prenons l’exemple de la grippe. Quand un malade grippé tousse ou éternue, il éjecte dans l’air autour de lui environ 1 million de toutes petites bulles d’air chaud contenant chacune environ 1 million de virus grippaux. Si une partie de ces microbulles sont respirées par une autre personne, les virus grippaux arrivés au contact de la muqueuse du nez, de la gorge ou des bronches pénètrent et s’installent dans les cellules de la muqueuse. Ils détournent alors tout ce qui permet normalement aux cellules muqueuses de se renouveler. Chaque virus grippal parvient ainsi à emballer la machinerie cellulaire et à lui faire fabriquer 100 nouveaux virus de grippe en 6 à 8 heures. Quand les nouveaux virus sont prêts, ils sortent et vont infecter d’autres cellules.
Faites le compte vous-même : avoir la grippe, c’est avoir dans la muqueuse du nez, de la gorge ou des bronches des millions de virus se multipliant par 100 toutes les 6 à 8 heures. Cette croissance exponentielle très rapide du nombre des virus irrite les muqueuses et déclenche une réaction de défense massive basée sur des substances immunitaires, les “cytokines”. Les virologues appellent ce phénomène “l’ouragan des cytokines”. Cette réaction violente se traduit par toute une série de symptômes spectaculaires : fièvre, courbatures, grande fatigue, etc.
L’ouragan des cytokines est habituellement très efficace : les virus disparaissent au bout de quelques jours. En revanche, il laisse des traces : le malade guéri de sa grippe reste courbaturé et fatigué pendant une voire plusieurs semaines.
Parfois, la multiplication exponentielle des virus grippaux déstabilise tellement le fonctionnement de l’organisme qu’il favorise l’apparition d’une “complication”:
Au XIXe siècle, plusieurs scientifiques avaient déjà remarqué que certains micro-organismes étaient capables d’en inhiber d’autres ou de combattre certaines maladies.
Plusieurs découvertes, dans les années 1925-1930, vont ensuite conduire les chercheurs vers les antibiotiques :
Aujourd’hui, les antibiotiques sont des médicaments d’origine naturelle, semi-synthétiques ou de synthèse. Ils sont efficaces uniquement contre les bactéries. Ils agissent en les tuant ou en empêchant leur multiplication. Ils peuvent être classés en deux catégories :
Les antibiotiques n’agissent que sur les bactéries. Les effets des antibiotiques sont dus au fait qu’ils fragilisent la paroi extérieure des bactéries concurrentes ou qu’ils la traversent pour bloquer le système qui permet à ces bactéries de se dédoubler. Les antibiotiques n’ont pas d’autre effet, ni sur les virus, ni sur les allergies, ni sur les irritations par les polluants.
Un très grand nombre d’affections aigues fréquentes, respiratoires ou digestives, sont dues à des virus :
Ces infections n’ont pas besoin d’être traitées par des antibiotiques.
Dans certains cas, faire la part des choses entre virus et bactéries est délicat. Certaines localisations infectieuses, habituellement d’origine virale, peuvent être aussi parfois le fait de bactéries. Un examen médical avec, souvent, un examen complémentaire, est alors précieux pour faire la part des choses. Par exemple :
Quand ils sont nécessaires, les examens complémentaires utiles peuvent être notamment
Dans tous les cas, la prescription d’un antibiotique est une décision médicale complexe qui ne peut être prise que par un professionnel de santé formé, après un interrogatoire précis, un examen clinique, voire un TROD ou d’autres examens complémentaires.
Prendre des antibiotiques quand on n’en a pas besoin à deux inconvénients majeurs :
Au-delà de favoriser l’antibiorésistance, les antibiotiques ont parfois des effets secondaires gênants. Par exemple, les antibiotiques de la famille des tétracyclines diminuent notre adaptation aux rayons du soleil et provoquent une “photosensibilisation” (intolérance à l’exposition au soleil avec risque de rougeur intense des zones de peau exposées). Cette famille d’antibiotiques a un autre inconvénient quand elle est utilisée chez des jeunes enfants : elle intoxique infiltre les germes dentaires qui produiront les dents d’adulte après la chute des “dents de lait.” Devenus adultes, la plupart des bébés qui ont été traités avec des tétracyclines pendant leur petite enfance ont des dents… jaunes !
Quand une infection virale se complique par une infection bactérienne, les antibiotiques peuvent soigner cette seconde infection (“surinfection”), mais il ne sert à rien de prendre des antibiotiques à l’avance ou en prévention. Il faut attendre de voir si une surinfection bactérienne survient (ça n’est pas obligatoire) et quelle est sa nature, pour choisir l’antibiotique en fonction du type d’infection, de sa localisation et de sa cause probable. Traiter “à tout hasard pour être tranquille” est une erreur parce qu’en faisant cela, on essaie d’éviter un problème sans connaître le problème et sans savoir s’il va s’en produire un.
Avant de prescrire un antibiotique, votre médecin cherchera toujours à s’assurer de la forte probabilité d’une cause bactérienne et à préciser la nature des bactéries en cause pour choisir avec précision l’antibiotique le plus adapté.